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Inventorier le patrimoine culturel immatériel en Centre Ouest Bretagne

Réunion publique à Motreff - 04.04.2017

Situé au cœur de la Bretagne, à la rencontre de trois départements, le Centre Ouest Bretagne est un territoire de référence en matière de patrimoine culturel immatériel : création du fest-noz moderne dans les années 1950, présence de nombreux chanteurs et chanteuses de kan ha diskan, comme de danseuses et danseurs de gavotte, fisel ou plinn… Mais quelles sont les représentations contemporaines que la population centre bretonne a de ce patrimoine immatériel ? Quelle place donne-t-elle à son héritage culturel ? Un « fardeau » qu’il s’agit de renvoyer au plus vite dans un passé révolu ? Ou des spécificités pour lesquelles il faut (ré)imaginer un quotidien ? Pour mener cet inventaire, BCD a obtenu un financement européen Leader, qui a permis un travail ambitieux et de longue haleine. Ces cinq années ont été rythmées par trois phases d’enquête : les consultations, le diagnostic et enfin les préconisations.

Des consultations publiques pour un état des lieux
Le patrimoine culturel immatériel, chacun de nous en détient : un savoir, une pratique, un savoir-faire, personnel ou familial, hérité et à transmettre. Chacun de nous le fait vivre au quotidien, en allant au fest-noz, en parlant breton, ou en faisant une partie de palet. La liste est longue, le patrimoine immatériel est riche. C’est pour cela que Bretagne Culture Diversité a souhaité inviter les habitants mais aussi les communes et les associations à devenir acteurs de leur patrimoine en définissant eux-mêmes ce patrimoine vivant qui fait sens dans le Centre Ouest Bretagne. Qu’est-ce qui, pour les habitants du territoire, compose leur patrimoine immatériel ? C’est avec cette question de départ qu’a commencé la première phase de l’inventaire participatif du PCI. Entre juillet 2016 et juin 2017, six réunions publiques ont été organisées. Plus de 150 personnes sont venues échanger. Une trentaine de pratiques culturelles, sociales et festives a été listée. Au fur et à mesure des réunions, des table-ronde et des échanges, cinq éléments dominants ont émergé : les festoù-noz, les pardons, le chant, les jeux et sports traditionnels, la langue bretonne et ses parlers locaux.

Un diagnostic pour connaître la vitalité
Entre juillet 2017 et décembre 2018, une série d’enquêtes ethnographiques a été réalisée sur ces cinq éléments. Le but était d’obtenir une connaissance précise de la vitalité et de la dynamique des éléments retenus. Par exemple, il existe plus de 200 pardons dans les 78 communes qui composent le territoire. Certains sont menacés de disparition et d’autres très dynamiques. Pourquoi ? C’est ce qu’on veut comprendre. On observe ce qui se passe, on assiste à plusieurs pardons, on discute avec les bénévoles. Parfois on revient plusieurs fois. Cette accumulation d’informations permet d’avoir une vue d’ensemble contemporaine sur la pratique du pardon. Et on a fait la même chose pour le fest-noz, les jeux et sports traditionnel, le chant ou encore la pratique du breton.

Des préconisations pour la sauvegarde
Le contexte sanitaire n’a malheureusement pas permis l’organisation de rencontres publiques cette année comme cela avait été envisagé. C’est pourquoi un questionnaire en ligne a été mis en place entre mai et août 2020 afin que chacun puisse proposer des mesures pour assurer la sauvegarde de ces patrimoines immatériels. Le premier bilan est encourageant : les idées fourmillent, il y a des envies et des projets. Une restitution publique ouverte à tous est prévue d’ici la fin de l’année pour présenter l’ensemble des résultats à la population.

Et après ?
L’inventaire participatif du patrimoine culturel immatériel n’est pas une finalité, mais une première étape. Habitants, acteurs associatifs et élus doivent désormais s’en saisir afin d’assurer, s’ils le souhaitent, la sauvegarde des éléments de ce patrimoine immatériel. Cet inventaire offre également des pistes pour enrichir ou impulser des projets associatifs ou touristiques afin de participer au développement culturel du territoire. Les enquêtes réalisées dans le cadre de l’inventaire pourront également nourrir la réflexion du nouveau Président du Pays du Centre Ouest Bretagne, Jean-Charles Lohé, qui, dans une interview réalisée quelques jours après son élection, soulignait son souhait de « mettre sur la table un projet autour du patrimoine immatériel ».

Julie Léonard
Responsable des inventaires du PCI

Article paru dans Le Poher
Semaine du 21 au 27 octobre 2020

Le PCI : Petra eo* ?

En 2003, l’UNESCO adopte la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Ratifiée par la France en 2006, l’article 2 de la convention définit le PCI comme étant « les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire - ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés - que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ». 

En décembre 2012, le fest-noz est inscrit sur la Liste représentative du PCI de l’humanité par un collectif d’acteurs associatifs, coordonné par l’association Dastum, en lien avec les services de la direction des Patrimoines du ministère de la Culture. Au niveau national, le ministère de la Culture a également mis en place un inventaire du PCI. En 2018, sur les 430 éléments répertoriés, 101 d’entre eux relèvent de pratiques situées en Bretagne. En 2020, à l’initiative de BCD, ce sont les pardons et troménies et les gavottes qui ont été inscrites à cet inventaire national. Et actuellement, Bretagne Culture Diversité coordonne un groupe de travail régional pour inscrire les savoir-faire de la broderie et de la dentelle.

* Qu’est-ce que c’est ?

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