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Langue bretonne dans le Centre-Ouest Bretagne : où en est-on aujourd’hui ?

La Redadeg, course de relais en faveur de la langue bretonne, 2016 ©Éric Legret
La Redadeg, course de relais en faveur de la langue bretonne, 2016 ©Éric Legret

Quand on évoque le patrimoine culturel immatériel du Centre-Ouest Bretagne, comment ne pas parler de la langue bretonne ? Qu’il s’agisse de chanter, de se réunir pour jouer aux boules, célébrer un pardon ou danser entre amis au fest-noz, le breton peut être un fil rouge entre toutes ces pratiques culturelles. Cependant, sa place dans la vie publique et privée est tout sauf évidente de nos jours. Autrefois langue de la majorité de la population de Basse-Bretagne, le breton a en effet vu sa pratique décliner dans la seconde moitié du XXe siècle et est aujourd’hui classé par l’UNESCO parmi les langues gravement menacées.

État des lieux
Le Centre-Ouest Bretagne, territoire riche de plusieurs dialectes du breton, est en tête des régions de Bretagne où la langue est la plus pratiquée, avec 25 % de locuteurs dans la population. De plus, 40 % des habitants s’y disent très attachés[1]. Le breton est parlé à la fois par des personnes dont il est la langue maternelle et des personnes qui l’ont appris comme une deuxième langue ou plus, que ce soit avec des proches, par eux-mêmes, à l’école ou par le biais de cours du soir ou de formations.

La pratique du breton est aujourd’hui réservée à des interactions et des lieux bien précis : famille, amis, connaissances ; lieux de sociabilité comme le bistrot, le club, le fest-noz… ; réseau de l’enseignement pour les jeunes et les adultes ; associations militant pour sa sauvegarde… Une quarantaine d’écoles, collèges et lycées proposent soit une filière bilingue, soit une initiation, soit un enseignement optionnel. On trouve à Carhaix deux lieux d’accueil spécialisés pour la petite enfance, la seule école immersive Diwan du Centre-Ouest Bretagne et le seul lycée Diwan de Bretagne, mais aussi l’Office public de la langue bretonne. Une association, Raok, œuvre au développement du breton sur l’ensemble du Centre-Ouest Bretagne. On compte également trois structures « de pays » (Emglev Bro Karaez, Bod Kelenn et la Fiselerie), une maison d’édition entièrement en breton, Keit Vimp Bev, et divers événements en breton de tous types : cours du soir, stages, formations longues, causeries, ateliers de chant, concours de chant et de conte, veillées, randonnées, camps de vacances…

Un bilan en demi-teinte
Malgré ce tissu social, la pratique du breton continue de décliner et sa visibilité reste aujourd’hui limitée. Les raisons sont à la fois structurelles et psychologiques. Le breton n’ayant pas de statut officiel, peu de mesures concrètes ont été mises en place dans les collectivités du Centre-Ouest Bretagne. Le bilinguisme progresse lentement, qu’il s’agisse de l’enseignement ou de la vie publique et économique (signalétique bilingue, traduction de documents, etc.). L’enseignement bilingue et en immersion est encore trop peu développé pour permettre d’assurer la pérennité de la langue.

Par ailleurs, le rapport des habitants au breton n’est pas toujours apaisé et il existe des traces du complexe d’infériorité qu’ont pu éprouver les générations précédentes. Si le breton est globalement considéré comme un patrimoine qui fait l’objet d’un attachement indéniable, certaines personnes s’en désintéressent (parce qu’ils ne s’y sentent pas liés ou parce qu’ils considèrent qu’il « ne sert à rien » dans la société actuelle), voire le rejettent totalement, parfois même de manière viscérale. Beaucoup d’habitants ne se sentent pas concernés par le breton standard qui ne les relie à rien de familier.

Des initiatives pour l’avenir
Le réseau associatif qui se mobilise pour sauvegarder le breton et assurer sa transmission aux générations futures se heurte à de nombreuses difficultés, en raison du manque de moyens financiers ainsi que du peu d’intérêt manifesté par une partie de la population et des élus. Cela n’empêche cependant pas des initiatives de naître, comme la webradio Radio Ribin (littéralement, « radio chemin ») dans les Monts d’Arrée. Des événements tels que la Gouel broadel ar brezhoneg (GBB) à Langonnet (fête consacrée au breton) et la Redadeg (course de relais en faveur du breton) remportent un net succès et permettent aux différentes générations de se retrouver autour d’une cause commune.

Anne Diaz
Ethnologue à Bretagne Culture Diversité

Article paru dans Le Poher
Semaine du 25 novembre au 1er décembre 2020

 

[1] TMO Régions, Rapport intermédiaire, Rennes, septembre 2018, p. 26 & 112.

Trois questions à Padrig Féroc, chargé de développement de l’association Raok – Brezhoneg e Kreiz-Breizh (Raok, langue bretonne dans le Centre-Bretagne)

Comment est né Raok et quelles sont ses missions ?
Raok – Brezhoneg e Kreiz-Breizh est né en janvier 2018 à la suite d’échanges entre plusieurs structures du Centre-Bretagne enseignant le breton aux adultes. À partir de ces rapprochements, les acteurs ont été accompagnés pour créer, en prenant exemple sur d’autres territoires de Bretagne, une fédération consacrée à la langue bretonne sur le pays Centre Ouest Bretagne. Le but principal de notre structure est de développer la pratique de la langue bretonne en Kreiz-Breizh.

Quelles actions avez-vous pu mettre en place depuis la création de Raok ?
Raok accompagne notamment les organisateurs d’événements culturels ou sportifs pour aider à la mise en place d’actions en faveur de la langue bretonne sur leurs manifestations (signalétique, supports de communication, ateliers d’initiation…). Nous organisons également de nombreuses animations autour de la langue bretonne : balades touristiques, conférences, jeux… Nous aidons au développement du breton dans les commerces, entreprises ou lieux touristiques. Par ailleurs, nous communiquons beaucoup sur les manifestations de nos membres afin de lier les différents territoires du Centre-Bretagne, au-delà des limites départementales.

Quels sont les projets de Raok pour les prochains mois et années ?
Nous organisons le départ de la Redadeg, course de relais en faveur de la langue bretonne, qui aura lieu le vendredi 21 mai 2021 à Carhaix, en partenariat avec Tro Karaez. Nous participerons également à la préparation de la fête de la langue bretonne (GBB) qui se déroulera du 2 au 4 juillet 2021 à Langonnet avec l’association Mignoned ar brezhoneg. Nous continuerons à être un organisme relais pour la langue bretonne en Kreiz-Breizh, pour accompagner et lier les personnes et structures du territoire souhaitant utiliser le breton, toujours dans un esprit d’ouverture sur le monde.

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