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Le pardon de Sainte-Tréphine

Comme chaque année en ce deuxième dimanche de mai s’est tenu le pardon de Saint-Tremeur à Sainte-Tréphine. Comme chaque année, on y a chanté cantiques et louanges. De la même manière une procession chantée autour de la chapelle a suivi.

Fidèle au rituel, le prêtre a béni les enfants présents en les faisant traverser le tombeau de Saint-Trémeur, passage initiatique d’une grande importance dans cette petite paroisse de moins de 200 habitants, où, il y a encore quelques décennies, le prénom de Trémeur était souvent attribué aux nouveau-nés de la commune. 
Trémeur viendrait de l’ancien breton « trec’h meur » (grande victoire). Le cantique raconte son histoire et celle de sa mère, Trefina, sainte éponyme de la commune. Histoire intimement liée à celle de Conomor, seigneur sanguinaire du Centre Bretagne qui décapita femme et fils pour s’assurer un règne sans partage. On y parle de Saint-Gildas (patron de Laniscat, paroisse voisine) qui ressuscite Trefina et de Trémeur, qui rentre chez lui à pied portant sa propre tête dans les mains. 

Et pourtant, pour la première fois cette année, le pardon a bien failli ne pas avoir lieu. En effet, les forces vives en charge de l’organisation se font rares, le désistement d’une seule personne suffisant parfois à signer la fin d’un pardon. C’est ce qui se profilait à Sainte-Tréphine. Cette annonce succédait de quelques semaines seulement l’enterrement d’une personne chère pour nombre d’entre nous qui sommes attachés au pays et à sa culture, Yann Fañch Kemener.

La concomitance des deux événements, a priori sans rapport, a suscité de vives interrogations parmi un petit groupe d’amis qui a accompagné Yann Fañch dans ses derniers instants. Ils se sont accordés pour dire qu’il était dommage que cet événement disparaisse et que si, face à la disparition de leur ami, il fallait accepter leur impuissance, concernant le pardon ils pouvaient peut-être faire quelque chose. C’est ainsi qu’ils ont proposé à la paroisse d’apporter leur concours, du moins vocalement, dans l’animation de la cérémonie, en y faisant résonner les traditionnels cantiques.

Très peu sont des habitués des lieux, chacun avec des profils spirituel, idéologique et politique très variés... parfois même éloignés du contexte religieux du pardon. Et pourtant, ne pas laisser s’éteindre ce type d’événement avait du sens pour eux, pour ce qu’il est en tant qu’expression culturelle avec, en arrière-plan, la conscience que les derniers porteurs de mémoires de ces territoires nous quittent, emportant avec eux bien souvent ce qui constitue le socle des solidarités villageoises, familiales ou l’expression d’une société qui s’anime à l’échelle d’un village. Ne plus raconter un territoire, c’est le condamner. Une communauté qui se raconte continue d’exister.

Reconnaissant cette dimension sociale, il leur tenait à cœur de s’associer à ce pardon. Un socle d’expériences sociales qui s’appuie sur des traditions séculaires peut être un bon vecteur (parfois le seul ?) de dynamisme social aujourd’hui. Et, en effet, les gens ont pu se retrouver, échanger, se connaître dans le cadre de l’apéritif proposé par la mairie à l’issu du pardon.

On entend souvent regretter l’absence de breton dans l’espace public, dans la vie sociale. Attachés à la langue bretonne et reconnaissant également le pardon comme un espace culturel de pratique de cette dernière, il leur paraissait intéressant de s’associer à l’un des (derniers ?) espaces d’expression vernaculaire du breton, fréquenté en majorité par des personnes âgées, souvent bretonnantes, qui viennent chanter des cantiques dans leur langue maternelle.

Enfin, et peut être surtout, c’était une manière pour eux de montrer que ce qui importait pour Yann Fañch Kemener, trephinois de naissance, leur importe à eux aussi, qu’ils sont sensibles à sa démarche, volontaires pour la perpétuer.

Marc-Antoine Ollivier

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