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Pardons et chapelles : des "inventaires croisés"

Pardon de saint Yves à Tréguier (22) le 19 mai 2019 © Région Bretagne

Les « pardons et troménies en Bretagne » viennent d’être inscrits à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel (PCI) par la Direction des patrimoines du ministère de la Culture. Cette reconnaissance institutionnelle offre l’occasion de présenter le travail régional d’inventaires croisés actuellement mené sur les pardons et chapelles en Bretagne par l’association Bretagne Culture Diversité et le service régional de l’Inventaire du patrimoine culturel. 

Un inventaire régional des pardons
Dans le cadre de l’inventaire participatif du PCI que Bretagne Culture Diversité réalise depuis décembre 2015 en Centre Ouest Bretagne, les pardons, par leur nombre et leur diversité, sont apparus être un élément très vivant de ce qui fait patrimoine pour les habitants du territoire. Or, des pardons, il s’en organise un peu partout en Bretagne. C’est à partir de ce constat localisé qu’un travail sur le sujet a démarré durant l’été 2017 à l’échelle régionale. Il avait pour objectif d’inscrire, par le biais d’une fiche d’inventaire, les pardons et troménies à l’Inventaire national du PCI. Cette fiche d’inventaire propose ainsi une synthèse pluridisciplinaire et contemporaine croisant histoire, ethnologie et histoire de l’art.

L’inscription des pardons à l’Inventaire national du PCI constitue la première étape d’une démarche d’inventaire exhaustif qui entend recenser l’ensemble des pardons qui s’organisent chaque année en Bretagne historique. D’aucuns s’interrogent sur leur avenir sans avoir de réelles données à l’appui, beaucoup sont celles et ceux à avoir un avis sur le sujet, sur la manière dont les pardons sont organisés, sur les menaces qui pèsent sur eux… Mais qu’en est-il vraiment ? Ce travail d’inventaire ambitionne d’apporter des éléments de réponses ; à l’heure actuelle, ce recensement a déjà permis d’enregistrer un peu plus de 1 300 pardons encore en activité, témoins du dynamisme de cette pratique et de son ancrage sur le territoire.

 

Pardon de saint Yves à Tréguier (22) le 19 mai 2019 © Région Bretagne

Le pardon de Saint-Yves à Tréguier constitue l’un des plus importants pardons de la Bretagne. Il rassemble chaque année une foule de fidèles et de bannières en procession jusqu’à Minihy-Tréguier pour escorter le chef de saint Yves, patron des avocats et des juristes. Véritable patrimoine vivant, ces évènements n’ont de cesse de se recréer et de s’adapter. Dans le contexte de la crise sanitaire du Covid-19, l’édition 2020 a été repensée : il était possible de suivre la cérémonie en direct, retransmise sur le site Internet de la paroisse ou sur la radio diocésaine. Une procession virtuelle était également proposée avec la réalisation d’une vidéo composée des photos envoyées par les fidèles.

Un pardon, une chapelle
Sans doute plus encore que d’autres thématiques, cette étude illustre la perméabilité des champs patrimoniaux : à chaque pardon, sa chapelle, ses bannières et autres objets cultuels.

L’étude de BCD est donc l’opportunité pour l’Inventaire de revisiter le corpus des 2 200 dossiers d’architecture religieuse et 14 500 objets cultuels réalisés depuis 1964. L’objectif partagé est de proposer à terme une consultation en ligne croisant les bases de données. L’ambition de cette réciprocité est d’éclairer les liens entre patrimoines matériels et immatériels, de donner à lire la complexité de ces interactions et d’ouvrir ainsi largement la réflexion sur les enjeux de conservation et de transmission.

Chapelle Saint-Houarno ou Saint-Hervé, Saint-Houarno (Langoëlan, 56), photographiée en 1967 © Région Bretagne
Chapelle Saint-Houarno ou Saint-Hervé, Saint-Houarno (Langoëlan, 56), photographiée en 2015 © Région Bretagne

Hubert L.S. (1941-2018), ancien président du comité de la chapelle de Saint-Houarno, a été interviewé en mars 2018 dans le cadre de l’inventaire régional des pardons. Ayant grandi à proximité, il raconte qu’il participait au pardon de Saint-Houarno d’abord à cheval (le pardon était dédié aux chevaux), puis en tracteur, mécanisation du monde agricole oblige. Il se souvient de son émotion lorsque la porte latérale a été réouverte, sans se rappeler de la date à laquelle elle avait été murée. Ce témoignage confirme l’intérêt de croiser collectage, documentation et histoire architecturale, donnant ainsi à lire les morceaux de vie de celles et ceux qui font vivre chapelles et pardons au quotidien. Le dossier d’Inventaire de cette modeste chapelle restitue en effet ses états successifs (photos de 1967 et de 2015).

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