Création de la Brittany Ferries

L’Armorique à Saint-Malo. Photo : Erwan Chartier.

Brittany Ferries, l’aventure des paysans armateurs

Auteur : Erwan Chartier

En 1972, André Colin, Alexis Gourvennec et Jean Hénaff créent l’armement BAI et lancent l’aventure de la Brittany Ferries. Destinée à favoriser les exportations agricoles bretonnes, la compagnie s’est rapidement imposée comme l’un des acteurs du trafic passagers transmanche.

Organisés et déterminés, les paysans du Léon et leur leader, Alexis Gourvennec, ont été une force efficace de contestation tout autant que de propositions dans les années 1960. La Société d’intérêt collectif agricole (SICA, puis Sica) de Saint-Pol-de-Léon et des membres du Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons (CELIB) s’entendent ainsi pour proposer, en 1968, trois projets structurants à un pouvoir central aux aguets qui s’empresse de les concéder après les événements de mai : un plan routier breton, une université à Brest et un port en eaux profondes à Roscoff. Ce dernier doit permettre aux agriculteurs d’exporter leur production vers les îles Britanniques, à 130 kilomètres de là. « L’histoire nous apprenait que la mer était un élément de richesse fantastique », confiait Alexis Gourvennec à la revue ArMen en janvier 1996. Les travaux débutent au port du Bloscon en 1970 afin d’édifier un môle capable d’accueillir les ferries. Mais aucun armateur ne se manifeste ou ne veut prendre le risque de lancer une ligne entre petite et grande Bretagne.

La solution va venir d’un autre Breton, Jean Hénaff, capitaine de la marine marchande, préoccupé par la montée du chômage des marins après le choc des décolonisations. Pour Hénaff, si les armateurs ne créent pas d’emplois, il faut créer des armateurs. Au printemps 1972, André Colin, président du conseil général du Finistère, organise une réunion capitale dans les locaux de la CCI de Morlaix entre Gourvennec et Hénaff, le paysan et le marin sans bateaux. Ils décident de créer une nouvelle société d’armement anonyme, Bretagne-Angleterre-Irlande (BAI), dont le siège est basé rue Saint-Mathieu à Quimper. Le capital de 15 000 francs est réuni par les trois fondateurs, face aux 18 millions de francs du navire que Jean Hénaff déniche en Galice, à Vigo. Il a été construit pour la marine israélienne qui n’en veut plus et il peut très bien convenir à la jeune entreprise. Reste quand même à trouver la somme. Alexis Gourvennec met tout son poids pour convaincre les milieux agricoles et économiques bretons de s’engager dans un pari plus que risqué. Il réunit 5 millions de francs et les banques suivent pour avancer le reste. Le navire est baptisé Kerisnel, le marché aux légumes et le quartier général de la Sica. Deux ans plus tard, le « paysan-directeur-général » Alexis Gourvennec prend la présidence de la BAI, rebaptisée Brittany Ferries, et convainc la Sica de régler la note d’un nouveau ferry, le Penn ar Bed.

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