Anne de Bretagne et le pouvoir

Auteur : Michel Nassiet / mars 2021

S’agissant d’une monarque, il faut distinguer le pouvoir d’influence que pouvait avoir une reine dans une monarchie chrétienne, l’autorité souveraine qu’Anne de Bretagne a eue sur son duché (de 1488 à 1491, puis de 1498 à 1513), et plus généralement le pouvoir qui se situe de façon diffuse dans l’ensemble des relations sociales. Commençons par là. Car dès l’âge de onze ans, de décembre 1488 à février 1489, la fillette a réussi à repousser le grand seigneur que son tuteur, désigné comme tel par son père, voulait lui imposer comme mari. Elle a bénéficié des conseils et de l’appui de quelques fidèles. Mais il lui a fallu faire face personnellement à des violences symboliques et déployer une volonté ainsi qu’une fermeté qui ont dû impressionner ses contemporains. Le rôle de reine, quant à lui, incluait à la fin du Moyen Âge d’avoir l’oreille du roi et d’être auprès de lui l’avocate de ses sujets. Sous Charles VIII, Anne a dû exercer une influence croissante. Dès le décès de ce dernier, elle a fait reconnaître sa souveraineté sur le duché de Bretagne ; puis elle a accepté d’épouser Louis XII, à la condition que soient satisfaites toutes ses conditions politiques, ce qui était bien imposer une position de pouvoir. Ces conditions étaient de recouvrer l’intégralité du territoire ducal (les garnisons royales rendant les forteresses qu’elles occupaient), et d’exercer l’administration du duché de façon conjointe avec le roi ; la reine-duchesse édictant les actes et le roi se réservant de les confirmer au cas par cas. Quant à l’influence d’une reine auprès du roi, elle n’a jamais été aussi forte que dans les années 1499-1513. C’est d’autant plus remarquable que Louis XII n’était pas un roi faible et prit des décisions fondamentales malgré la volonté de son épouse, comme le mariage de leur fille aînée avec le successeur à la couronne, l’alliance de 1506 avec le roi d’Aragon, puis la lutte contre le pape Jules II.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité