Boutrouelle, coupable ou lampiste ?

Auteur : Gauthier Aubert / novembre 2020

L’homme par qui tout est arrivé, Henry Boutrouelle, est un Normand de 45 ans, menuisier de son état, bien intégré dans sa ville d’adoption, où il a épousé Julienne Jumel, une Rennaise, en 1706. Le couple est sans enfant. L’accident survenu est-il lié à un banal accident domestique ? Doit-il être imputé à l’alcool ? Doit-on invoquer une funeste dispute conjugale virant à l’uxoricide ? Tout ceci a été évoqué, mais on n’en sait rien, et tout juste peut-on noter que la forte consommation d’alcool est habituelle le dimanche dans les milieux populaires. À ce jour, on sait seulement que Boutrouelle a survécu à l’incendie : il est repéré quelques mois plus tard dans son village normand de Montviron, où il est dit « bourgeois de Rennes »… Il est possible que le fait que les seuls supposés incendiaires arrêtés après le drame aient été aussi des menuisiers a pu contribuer, par association d’idée, à accréditer la thèse de la culpabilité de Boutrouelle. D’une certaine façon, en désignant ce personnage disparu, la société se dédouanait de ses propres errements égoïstes face au feu et trouvait de quoi se ressouder par la stigmatisation d’un bouc émissaire en usant du stéréotype commode de l’artisan ivrogne. Mais la rumeur publique a aussi désigné, dès cette époque, les soldats incendiaires et voleurs, voire quelque complot de grands personnages se vengeant de l’affaire Pontcallec ! Avec le temps cependant, ces théories s’évanouirent, laissant, au xixe siècle, en première ligne le lampiste Boutrouelle dont la triste fortune posthume fut alors favorisée par le goût littéraire de l’époque pour les classes misérables, laborieuses et dangereuses, des Thénardier à l’Assommoir.

BIBLIOGRAPHIE :

  • Aubert Gauthier, Provost Georges (dir.), Rennes, 1720. L’incendie, Rennes, PUR, 2020 (avec en particulier deux contributions de David Garrioch sur l’incendie proprement dit).
  • Charil de Villanfray Michel, Reconstitution de la propriété urbaine après l’incendie de Rennes en 1720, Rennes, Presse de Bretagne, 1923.
  • Fillaut Raymond (dir.), Rennes, des combattants du feu aux techniciens du risque, Rennes, Amicale des sapeurs-pompiers de Rennes, 1999.
  • Le Boulch Matthieu, Rennes, fabrique et formes de la ville, 1420-1720, thèse de doctorat d’histoire, sous la direction de G. Aubert et P.-Y. Laffont, Université Rennes 2, 2020.
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  • Nières Claude, La reconstruction d’une ville au XVIIIe siècle. Rennes 1720-1760. Rennes, Université de Haute-Bretagne, Institut armoricain de recherches historiques, vol. 13, 1972.
  • Rioult Jean-Jacques, « Hôtel de ville [de Rennes] » et « Demeures [de Rennes] », in Pérouse de Montclos Jean-Marie (dir.), Bretagne : dictionnaire/guide du patrimoine, Paris Monum-Éditions du patrimoine, 2002, p. 402, 407-409.
  • Richer Antoine, Le Grand Incendie. L’incendie de Rennes de 1720, mémoire de master 1 sous la direction de Aubert Gauthier, Université Rennes 2, 2018.

SITOGRAPHIE :

Proposé par : Bretagne Culture Diversité