Conte et légende : quelle différence ?

Auteur : Fañch Postic / novembre 2016

Quand on parle du conte, l’objet est assez clairement défini, on songe aussitôt aux contes merveilleux, aux contes de fées, ceux de Grimm ou de Perrault… Le conte nous situe d’emblée dans un monde de fiction souvent souligné par l’utilisation de formules introductives et finales. Les personnages sont stéréotypés (Cendrillon/Luduennig, Peau d’Anette, etc.), les lieux et le temps imprécis. En fait, tout contribue à nous éloigner de la réalité, mais sans doute pour mieux transmettre, sous le couvert d’une enveloppe merveilleuse et symbolique, des idées, des croyances, des savoirs qui ne pourraient l’être ouvertement. Les psychanalystes ont bien montré le rôle initiatique du conte. En effet, ils se sont très tôt intéressés aux contes, mais c’est surtout à la suite de La Psychanalyse des contes de fées publié en 1975 (anglais) et 1976 (français) par Bruno Bettelheim, que le caractère initiatique (sexualité, etc.) du conte suscita de nombreuses études.

Quand il est question de légende, la définition de l’objet paraît bien plus incertaine. Le terme recouvre un ensemble quelque peu disparate. Parfois présentes sous la forme de témoignages vécus, rapportés par un proche dont la sincérité ne saurait être mise en doute, les légendes expliquent le monde qui nous entoure, en soulignent les dangers, donnent la marche à suivre. Elles sont des réponses commodes aux interrogations, voire aux angoisses de l’existence humaine. Par la précision des lieux, du moment, des personnes concernées, etc., la légende cherche à s’ancrer dans la réalité du présent pour mieux asseoir sa véracité. Quand le conte s’attache à affirmer son caractère purement imaginaire, la légende entretient un lien étroit avec un territoire, un paysage où des traces encore visibles sont appelées à témoigner : c’est pourquoi elle trouve aujourd’hui des applications patrimoniales et touristiques qui mettent à l’honneur des sites ou des circuits du légendaire : le Comité régional du tourisme fit de 2006 l’année de la légende en Bretagne.

« Les Merveilles de la nuit de Noël (Burzudou Nedellek) »

« Les Merveilles de la nuit de Noël (Burzudou Nedellek) »

Cette gravure offerte en 1844 aux souscripteurs du Foyer Breton dʼEmile Souvestre représente « Les Merveilles de la nuit de Noël (Burzudou Nedellek) ». On reconnaît lʼAnkou et sa charrette et sous la terre, à droite, les fées, à gauche, les korrigans à lʼabri de leur dolmen... Autant de personnages quʼon retrouve régulièrement dans les contes et légendes de Bretagne. En publiant Le Foyer Breton, Emile Souvestre voulait écrire «Les Mille et une nuits de la Bretagne ».
Coll. Musée de Bretagne, Rennes.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité