De la Baltique à Quintin en passant par le Trégor : le problème de l’approvisionnement en lin

Auteur : Yann Lagadec / novembre 2016

Si, dans les limites de la « manufacture » des bretagnes, l’on file et tisse le lin, l’on n’y cultive guère cette plante textile : les quelques essais lancés au milieu du XVIIIe siècle à l’initiative de marchands ou de la Société royale d’agriculture de Bretagne y sont d’ailleurs bien peu concluants. Il faut donc faire venir la matière première, principalement du Trégor où les sols et le climat sont plus favorables à cette culture.

Très vite, les souches indigènes de lin ont été ici abandonnées pour des plantes originaires du nord de l’Europe, donnant des tiges plus longues et, partant, plus de filasse. Après s’être approvisionnés en Zélande, c’est en Baltique que les Bretons trouvent désormais les semences, d’autant plus importantes que le lin nécessite leur renouvellement tous les trois ans, sous peine de voir la plante dégénérer. Vers 1750, ce sont donc de l’ordre de 12 000 barils de graines de lin de Courlande ou de Livonie qui débarquent entre fin janvier et début mars à Roscoff, transportés depuis Riga par des marchands de Lübeck : près de 7 000 sont destinés au Trégor, 2 000 autres au Goëlo, représentant de l’ordre d’un tiers de ce qui est semé chaque année ici.

Routoir à lin de Gwenored à Pouldouran (22). Les ses-galets servent à maintenir les gerbes de lin sous l’eau - Lin & Chanvre en Bretagne

Semé en mai, récolté en juillet à la main afin de préserver les tiges, le lin est ensuite roui dans l’un de ces routoirs que l’on compte par centaines dans le Trégor : ce bain d’une à deux semaines permet de séparer les fibres ligneuses. Une fois sec, le « lin en bois », selon l’expression du temps, peut être vendu aux marchands linotiers dont un grand nombre se concentre à Lanvollon et dans les environs, au point de contact entre la zone de culture de la plante et celle de la « manufacture » qui verra sa transformation. Ce sont ces linotiers, employant rouliers et voituriers par dizaines parfois, qui se chargent de la commercialisation de cette matière première sur les marchés de Quintin, Moncontour, Uzel ou Loudéac, à destination des milliers de fileuses et tisserands des environs.

Bibliographie

  • Jarnoux Philippe, « Commerce, échange et circulation dans le Trégor d’Ancien Régime », in Martin Jean et Pellerin Yvon (dir.), Du lin à la toile. La proto-industrie textile en Bretagne, Rennes, PUR, 2008, p. 53-63.
  • Pourchasse Pierrick, « De Libau à Roscoff. L’indispensable graine de lin de Courlande », Histoire & Sociétés rurales, 2010, Vol. 34, p. 53-78 [www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2010-2-page-53.htm].

Proposé par : Bretagne Culture Diversité