L'agriculture politique des élites

Auteur : Anthony Hamon / avril 2019

Il ne faut pas confondre « cultivateurs » et « agriculteurs». Dans les archives, au XIXe siècle, ces termes aujourd’hui proches ont des significations bien différentes. Depuis les années 1830, ce sont les propriétaires fortunés qui cherchent à moderniser l'agriculture. Sous le Second Empire, seuls ces derniers peuvent être qualifiés d'agriculteurs. Même les agronomes qui détiennent le savoir agricole ne peuvent pas faire grand chose sans argent. Les banques ne prêtent qu'aux notables et les crédits alloués par l'État sont largement insuffisants. Pourtant, l'agriculture a besoin d'énormément de capitaux pour se développer, comme l'insinue l'économiste Léonce de Lavergne en 1860 : « Peu de terre et beaucoup d'argent, voilà la vraie devise du progrès agricole ».

En Bretagne, presque tous les agriculteurs sont nobles. L'un d'entre eux, Louis de Lorgeril, a fondé le premier comice agricole de France en 1817, à Plesder dans l'Ille-et-Vilaine. Un comice est une association destinée à organiser des concours agricoles. La plus belle vache, le plus joli étalon y reçoivent des distinctions. Les paysans des environs viennent assister aux compétitions de labour et contempler les nouvelles machines agricoles. À la fin du Second Empire, la Bretagne occupe le premier rang français en termes de nombre de comices. En 1866, le seul département des Côtes-du-Nord en compte 42, qui comprennent au total 3 202 adhérents.

Cependant, le succès des comices agricoles doit se comprendre dans le contexte politique de l'époque. Beaucoup de notables bretons sont légitimistes; et l'agriculture est pour eux un moyen de retrouver de l'influence dans les campagnes. Aussi, nombreux sont les élus locaux qui président un comice ! Après l'instauration du suffrage universel masculin en 1848, les comices deviennent des instruments de mobilisation électorale et parfois même de contestation des autorités. Le pouvoir impérial s'en sert également pour s'adresser aux populations rurales. Les préfets y acclament l'Empereur tout en critiquant les cultivateurs rebelles au progrès.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité