L’oncle poète: l'autre Charles de Gaulle

Auteur : Erwan Le Gall / juin 2020

Dans la famille de Gaulle, le général Charles est assurément l’individu le plus connu. Mais l’oncle de l’homme du 18 juin, lui aussi prénommé Charles, est également une personnalité particulièrement intéressante. Né le 31 juillet 1837 à Valenciennes, dans le Nord, Charles de Gaulle est une figure de la vague celtomane qui caractérise le XIXe siècle. Souffrant dès sa jeunesse de graves problèmes de santé, il se réfugie tôt dans l’étude des langues et apprend ainsi le breton, mais également le gallois. Notons qu’il ne tarde pas à se faire appeler « Barz Bro C’hall », littéralement le barde de France. La Bretagne, il en a d’abord une connaissance livresque puisque son corps, très probablement diminué par la poliomyélite, ne lui permet pas de quitter Paris et son appartement de la rue de Vaugirard. Mais cela ne l’empêche pas de s’y dédier pleinement.

Breton d’adoption, Charles de Gaulle décide de consacrer son existence à la défense de la langue et plaide notamment pour son enseignement à l’école. De même, on le recense parmi les organisateurs du congrès celtique de 1867, tenu à Saint-Brieuc. Mais il n’en demeure pas moins que l’oncle du Général s’inscrit dans un spectre politique pour le moins conservateur, pour ne pas dire réactionnaire. Se présentant comme un disciple de Théodore Hersart de la Villermarqué, le père du Barzaz Breiz, il est également proche de l’historien Arthur Lemoyne de la Borderie et collabore régulièrement à la Revue de Bretagne et de Vendée. C’est d’ailleurs dans ces pages qu’il publie en 1864 un article intitulé « Les Celtes au XIXe siècle. Appel aux représentants actuels de la race celtique ».

Mort le 1er janvier 1880 à Paris, Charles de Gaulle fait un étonnant retour dans l’espace public lorsque son neveu déclame en breton quelques-uns de ses vers dans un célèbre discours prononcé le 2 février 1869 à Quimper. Mais l’hommage familial n’est pas sans arrière-pensées politiques. Il s’agit aussi pour le fondateur de la Ve République de siphonner le discours qui, sur une vaste gamme allant de l’Union démocratique bretonne au Front de Libération de la Bretagne, commence à rencontrer un certain écho en Bretagne.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité