La Commune de Nantes

Auteur : Tudi Kernalegenn / décembre 2016

Dès 1967, la révolte gronde à Nantes. Le 6 mai 1967, un groupe d’étudiants libertaires proches des situationnistes – autour notamment d’Yvon Chotard, Jean Breteau et Yves Cossic – s’empare du bureau de l’Association générale des étudiants nantais (AGEN). Occupation de cités universitaires, slogans anarchistes, manifestations débridées, piquets de grève, l’année universitaire 1967/1968 est placée sous le signe de la contestation absolue. Le 14 février, suite à une manifestation qui se termine par l’occupation du rectorat, 45 étudiants sont interpellés de manière violente et déloyale, ce qui provoque l’indignation et la solidarité d’une majorité d’étudiants.

Le 8 mai 1968, alors que la grève est déjà amorcée à l’université, les étudiants sont aux côtés des ouvriers et paysans pour la manifestation « L’Ouest veut vivre ». Le 13 mai, autre manifestation unitaire et massive ; mais cette fois-ci, il ne s’agit pas pour les étudiants de traîner les savates mais d’« amener les ouvriers à s’engager dans un mouvement insurrectionnel ». De fait, à l’issue de la manifestation, les premières pierres nantaises de Mai 68 sont lancées contre la préfecture. Le lendemain, les ouvriers de Sud-Aviation, première usine occupée en France, décident de retenir leur patron. En quelques jours, tous les secteurs d’activité de Nantes sont bloqués.

Le 24 mai, pour répondre aux problèmes matériels posés par cette grève généralisée, un comité central de grève est créé à Nantes, composé de représentants des syndicats. Il siège à la mairie, signe d’une autorité légale tombée en déshérence. Il surveille les prix, gère les bons d’essence, organise le ravitaillement des quartiers populaires. Il dure une quinzaine de jours, créant le mythe d’une « Commune de Nantes ». C’est assez pour s’installer dans la mémoire collective, même si cette qualification est certainement exagérée.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité