La France en ville

Tous en ville ?

Sur la planète, un être humain sur deux vit désormais en ville, et l’Europe a initié ce phénomène. Alors que l’on compte sur le continent 12 % d’urbains en 1800 (Jean-Pierre Poussou), la proportion est désormais de 80 %. La France s’est urbanisée plus tardivement mais aussi plus rapidement que le reste de l’Europe.

Un réseau urbain original

Un exemple des plus originaux de cette mutation reste l’exemple breton. En effet, la Bretagne reste très rurale jusqu’aux années 1950. On y compte, en 1954, encore 54 % d’actifs agricoles dans le Finistère. Or, aujourd’hui, ils sont moins de 3 % ! En quelques décennies, la Bretagne a donc connu une évolution sidérante. De même, son réseau urbain demeure très original. On est en effet loin ici de la caricature opposant « Toulouse et le désert toulousain » : on y trouve des métropoles importantes, mais sa particularité est aussi d’avoir d’un maillage de villes moyennes et petites, de bourgs, de villages et de hameaux renforçant l’originalité de ses bassins de vie.

Dans ce cadre, on constate que l’évolution urbaine des grandes villes est souvent passée « du bourrage à la dédensification » (Rémy Allain). Initialement, les premiers urbains étaient des piétons. Puis les villes se sont développées avec l’essor des mobilités mécaniques. Ce fut tout d’abord le rôle du train et des tramways créant les premières banlieues. Puis, surtout, c’est l’arrivée de « l’automobilitas » (la capacité à se déplacer soi-même) qui a entraîné « le passage de l’homme pédestre à l’homme motorisé » (Marc Wiel). Cette évolution de la mobilité est donc un des facteurs essentiels expliquant l’étalement urbain.


 

Des situations variées

De fait, une ville est aujourd’hui constituée de plusieurs briques aux aspects variés. On oppose souvent le « centre-ville » aux espaces périurbains. Il s’agit d’un élément d’analyse mais on oppose fréquemment ces deux territoires de façon caricaturale. Une analyse plus fine permet alors de mieux comprendre la variété des quartiers. Il existe enfin de fortes différences selon que les villes sont localisées sur le littoral ou dans les terres, ont été reconstruites ou non (et même dans le premier cas, on peut citer les destins variés de Brest, Lorient, Saint-Nazaire ou Saint-Malo). Enfin, il existe de fortes nuances selon la taille des villes et la Bretagne dispose à ce sujet d’un florilège exceptionnel. On constate que le dynamisme urbain n’est pas forcément lié à la taille car de toutes petites villes ou des bourgs peuvent avoir des taux de chômage très faibles (Vitré par exemple, ou La Gacilly, en lien avec la présence du groupe Yves Rocher). D’autres petites villes font aussi le choix de valoriser leur patrimoine pour renforcer leur attractivité. On peut penser notamment, en Bretagne, aux « petites cités de caractère ». En lien par exemple avec le réseau Bruded, de toutes petites communes cherchent aussi à tracer une voie originale, peut-être précisément car elles ne sont pas des villes.

Bibliographie 

Remy Allain, La morphologie urbaine. Géographie, aménagement et architecture de la ville, Paris, Armand Colin, 2004, 256 p.

Marc Wiel, Etalement urbain et mobilité, Paris, La documentation française, 2010, 88 p.