La tourbière de Landemarais

Auteur : Bernard Clément / juillet 2018

La tourbière de Landemarais, commune de Parigné au nord de Fougères, est un Espace naturel sensible (ENS) du département d’Ille-et-Vilaine. Accessible au public, hors des périodes de nidification, par un ponton aménagé, le site est associé à la Maison des tourbières, au bourg de Parigné.

Cette tourbière, par son histoire, reflète et illustre les principaux items présentés dans les deux dossiers « Tourbières de Bretagne ».

Une première exploitation de la tourbe brune du bas-marais a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’initiative des Allemands. En 1967 et 1968, une exploitation industrielle partielle de la tourbe blonde des hauts-marais est conduite. Toutes ces exploitations ont nécessité au préalable des opérations de drainage au moyen de fossés profonds. Après l’arrêt de l’exploitation en 1968, la dynamique des ligneux a conduit à la quasi-disparition des fonctions et de la biodiversité de la tourbière. Après achat grâce à la TDENS en 1989, le département a entrepris des travaux de restauration de la tourbière, avec, associée au défrichement ligneux, une réhydratation du site. Il y a eu restauration de la digue de l’étang permettant le contrôle des niveaux d’eau selon les différents habitats de la tourbière, soit une phase d’inondation hiver-printemps du bas-marais et une simple ré-humectation des hauts-marais préservés par l’exploitation de 1967 (Clément et al. 2011).

Des études diverses et des suivis scientifiques annuels ont été menés depuis cette date. Outre le retour à la fonction « puits de carbone », l’objectif était de restaurer les biodiversités floristique et faunistique du site. Deux espèces cibles persistaient sur un haut-marais : la Canneberge (Vaccinium oxycoccos), dont la présence est, avec la tourbière de Logné dans les marais de l’Erdre (Sucé-sur-Erdre et Carquefou, 44), signalée uniquement sur les Marches de Bretagne. L’autre plante est une mousse des hauts-marais, le Polytric strict (Polytrichum strictum), dont cette tourbière est le seul site breton connu. La Linaigrette engainée (Eriophorum vaginatum) est une autre espèce emblématique de la tourbière.

La canneberge en fleur - Photo Bernard Clément

Le Polytric strict avec sporogones - Photo Bernard Clément

 

La Linaigrette engainée en fruit - Photo Bernard Clément

Une analyse palynologique a été réalisée par Lionel Visset en 1985, qui a mis en correspondance les principales étapes de développement de la tourbière avec les évènements historiques qui se sont déroulés dans le pays de Fougères, et, plus largement, en Bretagne.

Illustration de la correspondance étroite entre la dynamique de la tourbière, de sa flore et les principaux évènements historiques bretons ayant interférés avec l’activité rurale en pays de Fougères - Crédit : Clément et al., 2011

Aujourd’hui, près de trente années après les travaux de restauration, les objectifs de conservation sont atteints :

  • Les populations des espèces cibles, Canneberge et Polytric strict, sont revitalisées.
  • Les populations des autres espèces végétales caractéristiques des bas et hauts-marais sont en expansion.
  • Les habitats d’intérêt communautaire sont en bon état de conservation (photo 4).
  • La nouvelle dynamique des Sphaignes après ré-humectation est un élément favorable à la restauration probable de la fonction « puits de carbone ».
  • Le niveau d’intervention des gestionnaires diminue progressivement, en relation avec le retour à plus de naturalité, autre objectif plus global.

 

Proposé par : Bretagne Culture Diversité