Le groupe villageois, médiateur traditionnel de la violence

Auteur : Annick Le Douget / février 2021

Au sein du monde rural breton, la communauté villageoise, bien qu’encore triomphante en ce XIXe siècle, perd progressivement la gestion de ses conflits et de ses violences au profit de la justice d’État. Mais de quels leviers dispose-t-elle pour gérer les violences qui surgissent en son sein ? Après un premier écart, la sanction prend plusieurs formes, insidieuses, depuis les moqueries jusqu’à la rupture des relations sociales, en passant par des rosseries diverses. Le contrevenant en disgrâce est exclu du cercle des solidarités et des alliances : dans une société fermée et interdépendante, la sanction a des conséquences familiales et économiques graves. Forcer son éloignement est une autre étape. La négociation d’une transaction financière est l’élément crucial d’un arrangement entre l’auteur des faits et sa victime, ce qui a pour mérite de ménager la place de celle-ci par l’octroi d’une somme pour les dommages causés et évalués. La négociation est menée par des arbitres ayant une certaine autorité dans le village, comme le maire, le notaire ou le curé. Ces cas ressortent de plusieurs dossiers de viols, de coups et blessures, de coups mortels, qui sont revenus dans le giron des tribunaux après échec de la transaction.

La justice de village peut, en certains lieux, être ritualisée, mêlant l’accommodement et le pardon, celui que l’auteur demande à Dieu et à sa victime ; s’il est accepté par celle-ci, il est suivi du pardon de l’agresseur par la collectivité, comme une façon d’interrompre le cycle des vengeances en imposant à tous l’oubli. Il importe de souligner que la justice communautaire n’est pas une justice égalitaire, car elle est tributaire du jeu des solidarités et des hiérarchies du village.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité