Le mécénat d’Anne de Bretagne

Auteur : Michel Nassiet / mars 2021

Intelligente, ce que les ambassadeurs voyaient vite à ses prises de parole, Anne de Bretagne n’était pas une « femme savante » : rien n’atteste qu’elle ait parlé ni lu une seconde langue, et dans sa collection de livres, les traductions d’auteurs antiques sont rares. Mais elle était accoutumée à l’expression écrite. Ainsi écrivait-elle de sa propre main à ses correspondants préférés. La trentaine de livres qui portent une marque personnelle, comme ses armoiries, la plupart manuscrits et enluminés, nous renseignent sur ses goûts. Un tiers sont des livres d’heures, des ouvrages de dévotion. Dès 1493, elle commanda, pour l’instruction de son fils aîné, un Livre de prières illustré par Jean Poyer. Dans les magnifiques Grandes heures enluminées par Jean Bourdichon, elle est présentée, en prière, entourée par les saintes Anne, Ursule (réputée une des premières reines de Bretagne) et Hélène (qui découvrit la vraie croix). La Vie des femmes célèbres, qu’elle a commandée à son confesseur, est une plaidoirie en faveur des femmes, de même qu’un des livres imprimés par le Parisien Antoine Vérard, celui de Christine de Pizan, Trésor de la cité des dames. La reine-duchesse s’est intéressée particulièrement à l’histoire de Bretagne, non sans motivations politiques du reste. Elle possédait un exemplaire de la Chronique de Le Baud et envoya celui-ci, puis le chroniqueur Jean Lemaire de Belges, faire des recherches dans les archives du duché. Quant à la musique, la reine a eu, pendant son second règne, une chapelle distincte de celle du roi, dont le maître en 1510 était le fameux Jean Mouton. La protection qu’elle accorda à des compositeurs, comme ce dernier et Antonius Divitis, suggère qu’elle prisait leur style innovant. Elle aimait particulièrement l’orgue et prit en charge la réfection complète de celui d’Angers.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité