Les massacres de Machecoul

Auteur : Anne Rolland-Boulestrau / novembre 2016

À Machecoul, au sud du département de Loire-Inférieure (Loire-Atlantique), le tirage au sort pose là aussi problème. Début mars 1793, des rumeurs persistantes courent dans la région, au sujet de centaines de menottes, fabriquées à Nantes par les patriotes pour emmener de force les jeunes aux frontières. Le 11 mars 1793, plusieurs milliers de personnes des communes voisines se retrouvent à Machecoul. Les autorités républicaines tentent de négocier avec ce qu’elles considèrent comme une simple révolte paysanne. Mais les exaspérations sont telles que des dizaines de patriotes sont emprisonnés dans le château. Entre le 20 mars et le début du mois d’avril 1793, de 100 à 180 prisonniers sont sans doute exécutés, même si le bilan est difficile à évaluer ; aucun registre n’a été tenu à cette époque. Boullemer, prêtre constitutionnel et rescapé des massacres, exagérant le nombre de tués, parle de 500 à 800 victimes, torturées, mutilées et achevées de façon barbare par les insurgés. Ces chiffres sont repris tels quels par Michelet et plus tard par Jaurès. Pour eux, c’est Charette qui aurait ordonné ces massacres. S’il était bien sur place, à compter du 14 mars, il interdit à ses hommes (autour de 80) de participer à ces tueries, sous peine de mort.

C’est une tout autre histoire que « raconte » le tableau de Flameng. À la fin du XIXe siècle, au plus fort des polémiques exacerbées par le centenaire de la Révolution française, ce peintre réalise une œuvre monumentale, de 5 mètres sur 6,5 mètres, qui reprend la version républicaine des événements. Émasculation du prêtre, fusillade de femmes et jeunes patriotes, curiosité morbide des « Amazones » de Charette, indifférence des troupes à l’arrière-plan, tous les poncifs y sont pour caricaturer la cruauté des Vendéens. Anticipant la commémoration de la Contre-Révolution, qui présentera les Vendéens comme des martyrs et des victimes de la Révolution, Flameng les campe, à l’inverse, comme des bourreaux sanguinaires et arriérés.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité