Maître de gravure

Auteur : Saphyr Creston / juillet 2019

Grâce à une politique d’acquisition des musées de Bretagne, les collections ont pu s’enrichir de nombreuses œuvres de l’artiste parmi les 350 bois gravés existants. Creston étudia la gravure sur bois à l’école des beaux-arts grâce à l’appui du graveur Jean Coraboeuf. La gravure sur bois de fil exprime au mieux sa virtuosité technique et sa maîtrise ; il  multiplie les références à la Bretagne, ses légendes, ses petits métiers et ses traditions. Proche du milieu de l’édition et des écrivains, il contribue à de nombreuses illustrations. Plusieurs de ses contributions font date dans les ouvrages en langue bretonne comme Prometheus ereet, traduction bretonne de deux tragédies d’Eschyle en 1928, Kan da Gornog en 1929 ou Itron Varia Garmez en 1936, tous trois rédigés par Drezen. Son regard sur la société bretonne s’avère aigu et critique à travers des illustrations de mendiants et d’infirmes, de vieillards et de femmes édentées. L’artiste s’inspire de plusieurs contemporains, tant du côté de la composition que des thèmes défendus, notamment les œuvres de Kollwitz, Masereel ou Gallen-Kallela. Entre 1941 et 1946, Creston exécute une série de bois sur le thème du Grand légendaire de Bretagne. Les thèmes de ses planches de l’histoire de la Bretagne sont réalisés à partir des origines légendaires jusqu’à une période contemporaine. Elles remémorent des épisodes parfois violents de l’histoire de la région comme La tête de Morvan Lez Breiz est présentée à Louis le débonnaire. Les bois gravés qui nous sont parvenus révèlent sa maîtrise d’exécution et les thèmes qu’il se plaît à étudier.  « C’est moins la vérité historique qui m’inspire ces planches que la tradition, cette vérité populaire, plus forte que la vérité reconnue » dira-t-il à sa compagne Germaine Jouan.