Mobilités, flux et réseaux de communication dans la mondialisation

« Un village planétaire »

L’essor de la mondialisation et de la vitesse a suscité une hausse vertigineuse des flux matériels et immatériels. En 1840, il faut encore 140 jours pour adresser une lettre de Londres à Bombay ! Le trafic aérien ne « décolle » véritablement qu’avec les avions à réaction en 1960, alors qu’aujourd’hui on a plus de 30 000 vols dans le monde… par jour ! De même, le trafic sur les grandes voies maritimes a explosé et compte pour 90 % des échanges de marchandises dans le monde. La moitié des êtres humains est désormais connecté à Internet alors que la proportion n’était que de 1 ou 2 % il y a vingt ans.

Une Bretagne branchée

 Telegeography

L’ensemble de ces chiffres montre un envol inouï des flux de toutes natures avec une diminution des distances-temps et surtout des distances-coûts. Aujourd’hui, la connexion de Londres à Bombay s’effectue en instantané et ne coûte rien ou presque. Dans le domaine des télécommunications à distance, la France a été pionnière et a manqué de prendre une place de choix dans le phénomène de mondialisation. C’est en effet du radôme de Pleumeur-Bodou qu’a eu lieu la première diffusion au monde d’une image en direct, en juillet 1962. Ce qui nous semble la préhistoire a eu lieu il y a moins de soixante ans. Il faut de même signaler que la Bretagne occupe une place remarquable sur la grande route des câbles en fibre optique, qui assurent 90 % des flux Internet dans le monde. Pour des raisons de positionnement, elle fut la première à recevoir en 1869 un câble transatlantique et vient à nouveau d’être choisie comme tête de pont d’un câble de communication mondiale qui relie Penmarc’h à Cape Town (Afrique du Sud) et dessert l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest.

Aujourd’hui, la Bretagne est la deuxième région de France pour les technologies d’information et de communication, qui représentent à elles seules 14,5 % de son PIB. De nouvelles innovations, comme la West Web Valley, l’obtention numérique du nom de domaine .bzh, la création d’un moteur de recherche breton (Gwenood), etc., construisent une « Bretagne qui gagne ». Sur 234 régions européennes, la Bretagne est la 13e pour le dépôt de brevets concernant les TIC et est notamment une des régions les plus innovantes du monde dans le domaine de l’image.

Mais une Bretagne évitée

En revanche, elle bénéficie relativement peu de son positionnement en ce qui concerne les flux logistiques et matériels, notamment aux plans maritime et aérien.

Au plan maritime, c’est l’ensemble de la France qui apparaît à l’écart des flux planétaires de marchandises. En Europe, le trafic du seul port de Rotterdam équivaut à l’ensemble des flux portuaires français ! La situation est d’autant plus paradoxale que la France, en raison de ses anciennes possessions coloniales et suite aux décisions de Montego Bay (1982), dispose désormais d’un immense empire maritime de 11 millions de km2 ! De même, elle est le seul pays européen à disposer d’une ouverture sur quatre façades maritimes (Manche, mer du Nord, Méditerranée, océan Atlantique). Aujourd’hui, malgré cette excellente situation, elle ne parvient pas à capter ces flux en provenance du monde entier. L’exemple de la Manche est à ce propos des plus parlants puisque ce détroit à lui seul assure 20 % du trafic mondial de marchandises. Il est le deuxième au monde en termes de trafic mais les cargos, pétroliers et autres navires vont décharger plus loin. Ainsi, seuls Le Havre (70 millions de tonnes) et Dunkerque (30 millions de tonnes) tirent quelque peu leur épingle du jeu. À l’inverse, la région Bretagne reste un excellent exemple d’un gigantesque « quai naturel » pour l’essentiel contourné.

À noter qu’il en va de même pour les flux aériens, considérés, avec le numérique et le trafic maritime, comme le troisième vecteur de l’économie mondialisée. Ici, la France dispose d’un immense « hub » avec Roissy-Charles-de-Gaulle, qui est avec Heathrow le premier aéroport européen. Ces flux aéroportuaires jouent désormais un rôle essentiel pour le business international, mais également pour les flux touristiques, qui connaissent un puissant essor, la France étant pour l’instant le pays le plus visité au monde. De fait, de multiples métropoles veulent disposer d’un aéroport performant. Mais l’exemple de Notre-Dame-des-Landes prouve que ces réalisations, dont l’objectif est au moins européen sinon international, peuvent générer des conflits majeurs.