Le bocaije, eune aire eyou qe la biogârerie vuliere treûe a se nouri e a se mucer

Ecrit par : Alain Butet / Jin 2026
Si qe le debornement des terres qemencit a l'Anqhiqitë, le bocaije d'astoure e les menieres ancienes qe le payizaije fut aféçonë, c'ét deûz. Dés aossitôt l'entamâ du Më-Âje, n-i a des permieres menieres de bocaije a se noter. L'especializézon su l'elevaije la y'a minz le monde a pllanter des haes e a fére des bâs-chemins pour aler den les cllôz. Dede la, le bocaije ne decéssera pouint d'étr raféçonë long le temp d'astoure diq'ao mitan du XXe siecl qe tout ela fut tourciboulë. Biao qe n-i a zû hardi de pai d'arachë depés les anées 1950, i reste core hardi de bocaije den ben des rejions de France, tant q'en Bertègn, il ét vû vrai vraiment come un marcaije filomiqe de payiz.

Den le bocaije, n-i a pouint de bestiaije e de fllouraije especifiqe qi seraet nette a part, meins ses muces, ses brousses e aotrs ténes sont si tant diferentes yune l'aotr parai come le valant q'a a-revaer d'otout qe la nen fèt, a l'about, eune empérouillerie de payizaije, vrai interessante pour c'qe n-i a de la biogârerie. A don, les prées, les qhultures, les ourées de cllôz, les haes e les breûs i sont joliment entr-mélayës e la q'amene de la vivatûre en pus o qhi qe le fllouraije ét en biao de fllouri e le bestiaije en bel de peupeler. Le peupllement du bocaije la q'ét don eune mélayerie d'orines de mitans d'eune sorte e de l'aotr. 

Le chevreuil utilise activement le réseau de haies pour se déplacer au sein du bocage. Photo Alain Butet.Depés les mile micro-menieres de temp liées és côrporances d'apllon qe n-i a diq'a la perzence de douves e de nôes e prë grâs, tout ela amene core pus fôt de richesse ecolojiqe. Encâssée den des landiérs, des bouéz e des varvatieres, les aires de bocaijes servent ensembllement d'aires de viverie e de d'aires de pâssaije pour bel e ben d'orines.

Des orines forestieres e des pllantes qhultivées entr-mélayées 

Les haes sont erqenûes pour étr un pur de biogârerie den l'aire agricole. Parai come les ourées de bouéz, les haes-la sont l'ezempl de demeurance de pâssaije entr la forét e les mitans ouverts. A l'about, i peut avair diq'a eune trentaine d'orines de perzentes den la strate arborée et arbustive peut atteindre la trentaine d’espèces. Néanmoins, chênes, châtaigniers et hêtres sont les essences les plus communes des haies bretonnes. Elles sont accompagnées de noisetiers, de prunelliers et d’aubépines ou encore d’aulnes et de saules dans les secteurs les plus humides. Par le passé, l’orme était bien représenté dans certains secteurs, mais un champignon responsable de la graphiose a été la cause de sa quasi disparition. Le nombre d’espèces végétales herbacées dans les haies bocagères dépend étroitement de leur structure interne et de leurs modes de gestion. Leur largeur, la présence de fossés, la densité de la canopée, déterminent des conditions écologiques contrastées à l’origine de cette diversité floristique pouvant globalement varier de 10 à 50 espèces en Bretagne. L’émondage des arbres limite le cortège des espèces forestières sciaphiles au profit d’espèces de lisière et de milieux ouverts. Le piétinement par le bétail réduit parfois fortement la diversité de la strate herbacée des talus.

Emondage d’une haie dans le bocage breton avec maintien de « tires-sève » pour activer la repousse de rejets. Photo Alain Butet.A côté de la haie, le cortège des plantes de la matrice cultivée varie grandement selon les conditions édaphiques et les pratiques agricoles. On relève ainsi, dans les prairies permanentes, des richesses floristiques allant de 10 à plus de 100 espèces bien que la production de biomasse soit généralement assurée par 3 ou 4 plantes dominantes. Les cultures et surtout les bords de champs cultivés vont, quant à eux, permettre l’installation des diverses espèces messicoles ou adventices des cultures.

Une faune et des services écosystémiques

Les ornithologues ont très tôt mis en évidence l’abondance de l’avifaune des bocages, relevant une richesse et des densités souvent supérieures à celle des landes ou des forêts bretonnes. Une diversité de 40 espèces pour 100 couples est ainsi observée dans les bocages bien conservés alors que les bocages ouverts déstructurés n’accueillent déjà plus que 23 espèces pour 35 couples. Si les espèces forestières comme la Sitelle torchepot ou le Grimpereau des jardins visitent volontiers les vieux arbres de la haie, l’Alouette des champs reste cantonnée aux espaces plus ouverts dominés par la prairie.

Jouant le rôle de corridors entre les petits bosquets, les haies sont des voies de circulation pour de nombreuses espèces de petits mammifères, de chauve-souris et de reptiles. Au cours des dernières décennies, le chevreuil s’est particulièrement bien adapté à ces ressources bocagères devenant parfois plus abondant dans ce paysage agricole que dans la forêt. De nombreux prédateurs généralistes ou spécialistes (buse, renard, belette, hermine) fréquentent aussi le bocage et y limitent les pullulations de rongeurs parfois si spectaculaires dans les zones d’openfield.

Les haies sont aussi le refuge de nombreuses espèces auxiliaires de la production agricole. Elles permettent, par exemple, la survie hivernale des bourdons et des abeilles sauvages, indispensables à la pollinisation, mais surtout des carabes, des araignées, des coccinelles, des syrphes et des espèces de parasitoïdes qui sont autant de prédateurs limitant les impacts des bioagresseurs comme les pucerons et les limaces.

Une biodiversité menacée

A l’origine, installées pour délimiter les parcelles, les haies sont apparues dès les années 60 comme une entrave au développement de l’agriculture mécanisée. De nombreuses opérations de remembrement vont précipiter leur arrachage, l’arasement des talus et le comblement des fossés. En Bretagne, on relevait encore un linéaire supérieur à 300 000 km de haies dans les années 60 alors qu’il n’est plus que de l’ordre de 100 000 km dans les années 2000. L’agrandissement des parcelles, la baisse du linéaire et de la connectivité du réseau de haies sont aujourd’hui pointées comme les causes principales de l’érosion de la diversité biologique des bocages. L’usage accru des pesticides, lié à l’intensification de l’agriculture, a grandement renforcé les déclins induits par ces changements d’usage des terres.

L’avifaune du bocage est diversifiée et abondante. Ici un pic épeiche commun dans les bois et haies du bocage. Photo Alain Butet.A l’initiative du Muséum national d’histoire naturelle, le Suivi temporel des oiseaux communs (STOC) mené depuis plus de 20 ans en France a clairement mis en évidence la raréfaction très marquée des oiseaux des paysages agricoles, tendance à laquelle les bocages n’échappent pas. On prend aujourd’hui conscience de l’importance écologique de ce paysage agricole pour garantir la qualité de l’eau et des sols, réguler le climat et surtout assurer la conservation de la biodiversité dite ordinaire.

Les espaces agricoles représentent jusqu’à 70% des territoires en Europe et la gestion de leur biodiversité est devenue aussi indispensable que celle des espaces protégés à haute valeur écologique comme certains milieux alpins, forêts ou zones humides … Récemment, il a été démontré que les bandes enherbées, installées d’abord pour la reconquête de la qualité de l’eau, renforçaient, pour de nombreuses espèces végétales et animales, les fonctions d’habitats et de voies de dispersion jouées par les haies. La conversion de certaines exploitations à l’agriculture biologique, le développement de nouvelles techniques culturales sans labours et les opérations de conservation de haies sont autant de pistes prometteuses pour le maintien de la biodiversité de ces espaces agricoles. Le programme « Breizh bocage », en soutenant la réimplantation de haies et la création de talus, est un dispositif qui permet de limiter l’érosion des sols, de prévenir les inondations, de protéger les troupeaux des excès climatiques, de renforcer la biodiversité des bords de champs et de stocker le carbone. En restaurant le maillage bocager, il vise à consolider la valeur identitaire et culturelle du bocage en Bretagne. Les enjeux liés à cet environnement particulier restent prégnants. Souhaitons que le génie écologique saura promouvoir un aménagement raisonné et rationnel de l’espace rural pour l’émergence d’un néo-bocage à fort potentiel biologique.

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Ecrit par : Alain Butet, « Le bocaije, eune aire eyou qe la biogârerie vuliere treûe a se nouri e a se mucer », Bécédia [en ligne], ISSN 2968-2576, mis en ligne le 26/06/2026.

Permalien: http://www.bcd.bzh/becedia/go/le-bocaije-eune-aire-eyou-qe-la-biogarerie-vuliere-treue-a-se-nouri-e-a-se-mucer

BIBLIOGRAPHIE

 

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  • Observatoire de l’Environnement en Bretagne, Le bocage en Bretagne, Dossier n°13, mai 2018.
  • Romain Georges, « Les haies supports de biodiversité en paysages agricoles », Brèves de la Zone Atelier Armorique, n° 7.

Perpôzë par : Bretagne Culture Diversité