La Madeleine du temple de Clisson

Auteur : Philippe Josserand / novembre 2016

Parmi les chapelles templières de Bretagne, la Madeleine de Clisson est celle dont l’état actuel est le plus proche de ce qu’il fut à l’origine. Paul de Berthou, qui l’a étudiée au début du XXe siècle, la décrivait comme « un monument de la fin du XIIe siècle, composé d’une nef, d’un chœur et d’une abside, le tout bien voûté et orienté vers le sud-est ». Aujourd’hui, sans doute, il paraît nécessaire de décaler la construction de l’église d’une génération vers l’aval. Cependant, il s’agit bel et bien d’une construction romane, simple, presque austère, composée d’une nef de trois travées voûtées en berceau brisé qui ouvre sur un chevet en hémicycle dont le cul-de-four est précédé d’une travée droite ; des contreforts talutés à la base scandent l’extérieur, y compris sur la façade, surmontée d’un clocher-mur à deux baies en plein cintre couronné par un fronton triangulaire, et en avant de laquelle, à la fin du XVe siècle, une avant-nef a été ajoutée, qui, depuis, a perdu sa toiture. À l’époque templière, l’église de la Madeleine s’inscrivait dans un ensemble de bâtiments qui était le siège d’une commanderie importante. Attestée pour la première fois en 1213, celle-ci étendait son ressort jusqu’aux confins du vignoble actuel. La gestion des frères y est exceptionnellement éclairée en 1257 par un rentier. Ce document souligne qu’aux frontières du duché avec l’Anjou et le Poitou, le Temple, largement investi dans la culture des céréales et dans l’élevage, s’était fait une spécialité de la vigne ou de certaines activités de transformation, fortement rémunératrices, comme les fours et les moulins ; il révèle même que les frères furent à l’origine du faubourg de La Madeleine, désigné sous le nom de burgum Templi Clicii, qui est le seul exemple de lotissement templier connu dans l’ouest de la France. Ainsi, jusqu’à la ville, tout un quartier avait été développé dont l’église est aujourd’hui le seul témoin.