La piraterie, un risque à (ré)évaluer

Auteur : Kévin Porcher / juillet 2020

Il est difficile d’évaluer le nombre de navires capturés par les pirates durant « l’âge d’or » de la piraterie : Marcus Rediker suggère le nombre de 2400 navires pillés dans l’espace atlantique. Si l’on se restreint aux Îles du Vent, on remarque que 63 % des navires français pris par les pirates sont de petites embarcations originaires des Antilles, navigant entre les îles pour commercer ou pratiquer de la contrebande. Peu défendus, ce sont les navires les plus vulnérables aux attaques. Les navires marchands originaires des ports du royaume de France, surtout Nantes et Bordeaux, représentent, eux, 37 % des prises effectuées par les forbans.

Au regard des archives de l’Amirauté de Nantes, il semble que les pirates ciblent avant tout les navires marchands les plus modestes (inférieurs à 100 tonneaux), peu armés. Cette prudence est payante car 84 % des attaques menées par les pirates sont couronnées de succès. Cependant, un navire pris n’est pas nécessairement un navire perdu : 75 % des vaisseaux capturés sont relâchés et peuvent poursuivre leur commerce ; les autres sont brûlés ou enlevés. La violence est aussi à reconsidérer : sur 205 navires français attaqués entre 1713 et 1730, on ne relève ainsi que 6 meurtres causés par les forbans. Les pirates sont avant tout des voleurs.

Suivant l’exemple nantais, 34 % des navires allant dans les Antilles durant la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713) sont pris par des corsaires ou des flibustiers ; en revanche, durant « l’âge d’or » de la piraterie (1713-1723), seuls 10 % des navires sont capturés par des pirates. Si le risque est moindre qu’en temps de guerre, la piraterie reste intolérable par sa transgression des règles de la violence licite, pratiquée par les corsaires.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité