Le 11 novembre 1918, un événement aveugle.

Auteur : Erwan Le Gall / septembre 2018

La réalité des archives n’est parfois pas exempte de paradoxes. La date du 11 novembre 1918 est assurément l’une des plus importantes du XXe siècle et pourtant rares sont les photographies qui immortalisent cette journée historique.

Bien entendu, on dispose de représentations de la signature de l’Armistice par les plénipotentiaires allemands venus acter en la clairière de Rethondes la défaite de l’Allemagne dans le wagon de commandement du maréchal Foch : quelques photographies et surtout des peintures reproduites sur de multiples supports, dont des cartes postales. Dans la zone de l’arrière, des opérateurs photographiques et cinématographiques saisissent la liesse populaire à Paris, mais aussi à Londres ou encore à New-York. Mais, à notre connaissance, il n’existe aucun cliché montrant le 11 novembre 1918 en Bretagne.

Il est vrai que l’invention du numérique change profondément notre rapport à la photographie. Aujourd’hui, il ne faut que quelques secondes pour immortaliser un moment important, ou au contraire parfaitement anodin, avec un téléphone portable. En 1918, même si elle commence à se démocratiser, la photographie reste une pratique relativement chère et qui, surtout, est indissociable d’impératifs techniques sévères. Les temps d’exposition sont encore très longs et les conditions de lumière doivent être optimales pour réaliser un cliché de qualité. Autant d’éléments qui, à l’évidence, ne facilitent pas le travail des opérateurs « sur le terrain ».

Pourtant, on sait que l’Armistice du 11 novembre 1918 est, en Bretagne comme ailleurs, attendu depuis des mois, si ce n’est depuis des années. Si personne n’anticipe l’événement et ne parvient à l’immortaliser, c’est tout simplement que la nouvelle prend de cours. Comme si nul n’osait imaginer la fin de ce conflit interminable.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité