Le loup en Bretagne

Auteur : François de Beaulieu / juin 2018
Il y a environ 120 ans que le loup a disparu de la région. Ce grand prédateur appartenait autant à la vie quotidienne qu’à l’imaginaire de la société rurale. On peut reconstituer une part de ce passé sur la base de divers témoignages écrits mais aussi de la tradition orale populaire.

Une morphologie variable

La taille et la couleur du loup gris (Canis lupus, Linné, 1758) présentent d’importantes variations et soulignent la grande adaptabilité de l’espèce. Le loup adulte pèse de 25 à 65 kilos (35,8 en moyenne pour les mâles et 28,1 pour les femelles) et mesure jusqu’à 75 cm au garrot. En 1892, on a tué dans la Nièvre un loup qui pesait 82 kilos. La couleur du pelage est très variable, avec une prédominance de fauve mêlé de poils noirs. Mais on trouve des spécimens présentant toutes les variantes du gris au jaune avec de larges taches claires, en particulier sur la gorge, les joues, le ventre et l’intérieur des pattes. Les spécimens conservés en Bretagne présentent des robes allant du très clair tirant sur le fauve (musée de la Société polymathique à Vannes, muséum d’histoire naturelle de Nantes, musée de l’Université de Rennes 1) au très sombre (plusieurs têtes naturalisées dans des collections privées).

Un prédateur opportuniste bien présent

La cartographie des attestations de primes versées pour la destruction de loups (cf. carte) montre que les communes à forte surface en landes sont particulièrement concernées. Le littoral n’est pas exempté. Seules les forêts marquées par un fort relief et des fourrés importants étaient des refuges temporaires sûrs pour les loups.

Landes dans les monts d’Arrée. Les landes couvraient le tiers de la Bretagne, soit un million d’hectares au début du XIXe siècle. C’était le principal habitat du loup - Photo F. de Beaulieu

Vers 1800, on pouvait estimer entre 5 000 et 6 000 adultes au minimum la population permanente de loups en France. Les destructions plus ou moins organisées ne contrôlaient que l’accroissement naturel. Les cinq départements bretons devaient en compter autour de 600. Le Finistère, où les landes et les bois favorisaient leur présence, abritait alors de l’ordre de 200 à 300 individus.

Sur la base des témoignages collectés, on peut déduire les préférences alimentaires de l’espèce en Bretagne. Les contes traditionnels comme les récits vécus vont dans le même sens et permettent d’établir un palmarès où la première place se joue entre le cheval et le mouton, suivis du cochon, de la vache, de la chèvre et du chien. Les attaques sur le bétail étaient courantes et pouvaient provoquer des pertes localement importantes, spécialement sur le cheptel ovin en dépit d’une surveillance constante (vaches et chevaux avaient de réelles capacités d’auto-défense).

Mais comme les hommes savaient défendre leur cheptel, la base de l’alimentation des loups était constituée de petites proies et de charognes. Le grand gibier était rare et le loup ne disposait pas, comme dans d’autres pays, de hardes d’ongulés sauvages pour assurer la base de son alimentation.

La destruction des loups

Les Bretons ne craignaient pas le loup car, depuis leur enfance, on leur avait appris qu’il était peureux et qu’il fallait l’effrayer en faisant du bruit. C’est le principe de la « hue du loup », le cri annonçant la présence de l’animal, la huchée étant la distance, d’environ 2 km, jusqu’où pouvait porter la voix des bergers (ou leurs cornes d’appel).

Les primes versées à partir de la Révolution française permettent de cartographier la présence du loup au XIXe siècle en Bretagne ainsi que les derniers foyers où l’espèce se reproduit encore à la fin du XIXe - Cartes F. de Beaufort

Il existait une forme de destruction des loups « en routine ». Le moyen le plus sûr de contenir la population était de détruire les louveteaux, aussi certains bergers savaient-ils repérer les louveteaux pour les détruire et toucher des primes : le huchage consistait à imiter le hurlement du loup pour obtenir une réponse et repérer la portée.

On disposait de fosses à loups, dont certaines, en pierres sèches, pouvaient atteindre de grandes dimensions. Malgré leur efficacité très relative, les pièges étaient utilisés et on note, par exemple en 1708, à la ferme de Cléongar en Plabennec, une « grille en fer avec un gripe-loup ». Les lieutenants de Louveterie avaient en charge la destruction « officielle » des loups. Mais le plaisir qu’ils éprouvaient à courir le loup avec leurs amis les amenait à limiter leur action pour préserver l’espèce.

Le loup reste très présent dans les noms de lieux tels que « La Lande du loup », « Le Chêne au loup », « Toul Bleiz » (la fosse à loup), « La Chambre au loup », etc. - Photo François de Beaulieu

Toutes ces actions permettaient de contenir la population des loups malgré la forte dynamique démographique de l’espèce. L’augmentation de la population, l’emploi de la strychnine et les primes importantes ont contribué à l’éradication des loups mais on n’oubliera pas qu’elle a eu lieu dans le contexte général d’une régression continue des landes.

Les derniers loups ont été observés en divers points de la région entre 1885 et 1906. On notera que l’extermination du loup a provoqué un développement des petits carnivores dont les nuisances sont alors devenues sensibles.

Dernier loup du Menez-Hom capturé vivant en 1903 - Le Journal du Dimanche (1903/05/15) - Bibliothèque nationale de France

Bibliographie

  • Beaufort François (de), « Écologie historique du loup en France », thèse de Doctorat en sciences biologiques, Rennes 1, 1988.
  • Beaulieu François (de), Pouëdras Lucien, La Mémoire des landes de Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2014, 176 p.
  • Beaulieu François (de), Quand on parle du loup en Bretagne, Brest, Éditions Le Télégramme, 2004.
  • Davies E.W.L., Chasses aux loups et autres chasses en Basse-Bretagne, Paris, Lucien Laveur, 1912, rééd. Les Éditions du Bout du Monde, 1985, introduction de G. Joncour et F. de Beaulieu.
  • Kerdreux Jean-Jacques, dossier « Le Loup – Ar Bleiz », Avel Gornog n° 20, 2012.
  • Molinier Alain, « Une cartographie des loups tués en France […] », Le Monde alpin et rhodanien, n°1-3, 2002, pp.101-116.
  • Normand, Fabrice, Histoire du loup gris Canis lupus lupus, (Linné, 1758) en Loire-Atlantique, Chronique naturaliste du GNLA, 2015.
  • Moriceau Jean-Marc, Histoire du méchant loup, Paris, Fayard, 2007.
    • L’homme contre le loup, une guerre de deux mille ans, Paris, Fayard/Champs, 2011.
    • Sur les pas du loup, Paris, Montbel, 2013.

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