BCD rejoint le réseau Faro francophone

Bretagne Culture Diversité vient de signer symboliquement le texte de la Convention de Faro sur « la valeur du patrimoine culturel pour la société », rejoignant ainsi le « Réseau Faro francophone »[1] composé d’organisations de la société civile, d’institutions et de collectivités attachées à une conception vivante et démocratique du patrimoine.
Portée par le Conseil de l’Europe depuis 2005, la Convention-cadre de Faro propose une nouvelle vision du patrimoine culturel qui défend le droit des personnes à définir ce qui fait patrimoine pour elles, individuellement et collectivement, d’accéder à ce patrimoine et de participer à sa préservation et à sa mise en valeur. Si la France n’a pas ratifié cette convention, contrairement à 26 États européens, un réseau francophone s’est constitué en 2024 afin de démontrer l’intérêt de l’approche « Faro » et d’encourager plus d’organisations à travailler en ce sens.
« La Convention de Faro met en avant les aspects importants du patrimoine, dans son rapport aux droits de l’homme et à la démocratie. Elle défend une vision plus large du patrimoine et de ses relations avec les communautés et la société. La Convention nous encourage à prendre conscience que l’importance du patrimoine culturel tient moins aux objets et aux lieux qu’aux significations et aux usages que les gens leur attachent et aux valeurs qu’ils représentent. »[2]
Une mission sur le patrimoine culturel immatériel
Depuis sa création, BCD a pour mission la réalisation d’un inventaire permanent du patrimoine culturel immatériel (PCI). Les différents projets réalisés dans le cadre de cette mission ont été pensés dans une perspective participative : ce sont les habitant·es, et non des experts, qui disent ce qui pour eux, et avec d’autres, fait patrimoine, attribuant ainsi une valeur patrimoniale aux pratiques qu’ils font vivre au quotidien. Certains des inventaires réalisés ont abouti à l’inclusion de pratiques culturelles présentes en Bretagne à l’Inventaire national du PCI. Géré par le ministère de la Culture, les dossiers sont examinés et validés par un comité d’experts désignés regroupés au sein du Conseil national du PCI (CNPCI).
Consciente de cette « gouvernance paradoxale » (Duvelle, 2018) entre l’attribution de la valeur patrimoniale par les personnes et l’attribution du statut patrimonial par une institution, BCD a très vite considéré que ces reconnaissances institutionnelles n’étaient qu’un point de départ pour mener localement, avec les personnes concernées par l’élément reconnu, des actions de valorisation, de transmission et de sauvegarde dans lesquelles elles sont pleinement actrices et qui ne dépendent pas d’une validation institutionnelle ou politique. Par exemple, le travail réalisé autour des savoir-faire craqueliniers illustre ce positionnement. Si toute une enquête a été réalisée pour inclure ces savoir-faire à l’inventaire national, conformément au souhait des craqueliniers à l’initiative de la démarche, le travail se poursuit aujourd’hui pour réaliser des actions locales de valorisation et de transmission. Peut-être entendrez-vous bientôt parler de la confrérie des craqueliniers ; en tout cas, eux y songent.
Mais tous les inventaires réalisés ne visent pas une reconnaissance institutionnelle avec une inclusion à l’inventaire national du PCI. L’exemple du travail mené avec les habitant·es sur Molène dans le cadre de l’inventaire du patrimoine vivant sur les îles bretonnes mérite à ce titre d’être évoqué. Une fois le travail d’inventaire de BCD terminé, un collectif d’habitant·es de l’île s’en est emparé pour réfléchir à ce qu’ils voulaient mettre en place pour témoigner de l’attachement et de la valeur qu’ils accordent à leurs patrimoines immatériels. Podcasts dans lequel les habitant·es ont donné de la voix ou carte murale sur la toponymie et la manière dont ils nomment et habitent leur territoire : autant d’idées qu’ils ont mis en œuvre pour témoigner du lien qu’ils ont avec leur environnement, leurs patrimoines et pour les rendre accessible au plus grand nombre. En février 2026, ce projet a été lauréat des Trophées de la réserve de biosphère Unesco des îles et de la mer d’Iroise.
« Être lauréat est une reconnaissance de l’investissement et du travail fourni par les habitants. Au départ, il y a cette enquête d’inventaire proposée par une structure non insulaire (Bretagne Culture Diversité) et grâce à une vraie co-construction, les habitants s’en sont emparés pour en faire un projet ambitieux. Ce prix récompense donc aussi cette collaboration. Nous sommes très fiers d’avoir réussi à monter ce projet qui, on l’espère, continuera d’infuser dans la population. »Agathe Seité, membre du collectif[1]
Un engagement en faveur des droits culturels
Si ces exemples témoignent d’un « déjà-là », BCD a choisi de signer la Convention de Faro afin d’orienter davantage encore ses futurs projets en suivant les principes de la convention, notamment sur l’enjeu de donner à entendre la pluralité des récits d’un territoire et d’accompagner les communautés patrimoniales dans l’identification, la reconnaissance de ce qui, pour elles, fait patrimoine. Rejoindre le « Réseau francophone Faro » permettra ainsi de suivre les réflexions qui animent le réseau et de s’inspirer des initiatives portées par ses membres un peu partout sur le territoire.
[1] Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Parc naturel régional d’Armorique à l’adresse suivante : https://www.pnr-armorique.fr/actualite/le-collectif-pour-la-valorisation-du-patrimoine-vivant-de-molene-est-laureat/
[2] Pour accéder au texte intégral de la Convention de Faro : https://www.coe.int/fr/web/culture-and-heritage/faro-convention
[3] Pour en savoir plus sur le Réseau Faro francophone : https://modal-media.com/reseau-francophone-faro/